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Vivre au musée de la femme

A sa création, plusieurs questions étaient en jeu sur sa conception, comme expérience toute nouvelle . Quelles visions donner du monde des femmes, pour ne pas tomber dans le folklorique si facile des Africaines qui chantent et qui dansent vêtues de couleurs bigarrées ? Quelles thématiques aborder en premier lieu ? Comment les exprimer par l’objet ? Comment et où chercher les objets et œuvres à exposer ? Comment organiser un espace muséal dans une bâtisse historique, certes de grande superficie (600m2) et pleine de charme, mais tout aussi peu fonctionnelle en termes d’exposition ? La brise marine environnante ronge la plupart des collections en bois, textile, fer et papier, aussi bien que les peintures des murs. Le jardin embellit indéniablement l’espace et sert de lieu de causeries, de conférences et d’autres activités attachées au musée, mais il est bien trop exigu pour y mener des manifestations de grande affluence. Il en est de même des salles d’exposition qui, ne pouvant recevoir plus de meubles, ne permettent ni de présenter un plus grand nombre de collections, ni d’organiser des expositions thématiques. Les petites fenêtres propres aux habitations de l’époque sont si réduites que l’éclairage et l’aération en souffrent. Faut-il rappeler que Gorée est classée patrimoine de l’humanité et qu’aucun bâtiment ne peut être transformé, ni même réfectionné, sans respecter l’ensemble architectural de toute l’île et obtenir un permis d’un bureau spécialisé de l’UNESCO sur place et du Ministère de la Culture et du Patrimoine Historique classé (le Bureau des Architectes des Monuments Historiques du Sénégal/ BAMHS). Cette initiative, somme toute heureuse, a fait rejeter bien des projets de constructions qui auraient défiguré la physionomie architecturale et l’ambiance exceptionnelle comme figées dans le temps de l’île.

Gorée est un sanctuaire de monuments historiques et de musées : la Maison des esclaves, la Résidence des gouverneurs français, l’École normale William Ponty, l’Église St Charles Borromée, le Dispensaire de l’Ordre de Malte, la Mosquée en pierre, l’oratoire au centre de l’île, le Musée historique qui fut l’ancien fort militaire d’Estrée, le Musée de la mer, la Maison d’Éducation Mariama Ba destinée à une formation d’excellence de jeunes filles. Le Musée de la femme Henriette Bathily y fait figure honorable, malgré sa jeunesse, son statut privé et ses faibles moyens. Sa situation face à la célèbre Maison des esclaves a, certes, des avantages, car elle lui permet d’être vue lors des visites touristiques à ce site incontournable de l’île. Elle lui porte en même temps ombrage, dans la mesure où la visite du Musée n’est pas inscrite dans un programme chargé établi dans les pays d’origine des Touristes et souvent bâclée, voire supprimée, en raison des horaires de rotation des chaloupes vers Dakar. Son espace café-jardin où sont servies des boissons et gourmandises locales et sa boutique d’artisanat tout aussi local en grande partie exécuté par des femmes constituent des compléments d’attraction et de revenus pour le musée.

Lors des travaux de préparation du musée, l’équipe avait discuté de plusieurs propositions de scénarios dont le dernier, consensuel, fut finalisé par le muséologue sénégalais Ousmane Sow-Huchard sur un canevas élaboré par Raphaël Ndiaye, Chercheur, pour l’Exposition organisée par le Soroptimist International Club de Dakar pour l’Année Internationale de la Femme (1975) au Centre Culturel Français avec l’Assistance d’Henriette Bathily. Raphaël Ndiaye, maître d’œuvre de cette exposition avait proposé le thème : « Place et Rôle de la Femme Sénégalaise dans la Société ».
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Copyright : Musée de la femme " HENRIETTE BATHILY " Gorée,