| Un
musée sur la femme : pourquoi
faire et comment ?
Il
ne suffit hélas pas d’un
rêve, ni même d’une
ambition, pour faire un musée.
Celui de la femme Henriette Bathily
en fait l’expérience,
parfois amère.
La revue en ligne Africultures
présente, en ce mois de
juillet 2007, un important dossier
de près d’une quarantaine
de contributions extrêmement
intéressantes et utiles
de spécialistes concernés
pour renouveler, sinon créer
les politiques muséales
en Afrique. Quel est le musée
approprié pour dire et
montrer, aujourd’hui, les
cultures féminines sénégalaises
et plus largement africaines du
passé et du présent
et leur projection sur le futur
?
Les musées en Afrique gardent
généralement un
legs lourd de leur héritage
colonial. Ils ont du mal à
se départir de leur héritage
ethno-anthropologique d’exposition
de collections d’objets
d’arts qualifiés
de ’primitifs’, ‘tribaux’,
‘ethniques’, puis
‘premiers’. Comme
le souligne Yacouba Konaté,
l’un des auteurs, «
partout en Afrique, le musée
ethnographique d'ascendance coloniale,
reste la forme dominante des institutions
dédiées à
l'exposition des arts visuels.
Cannes, lance-pierres, pipes,
tabatières, lits, appuie-tête,
échelles, portes, et on
en passe : à chacune de
ces rubriques, des objets fabuleux
confirment que, dans l'Afrique
précoloniale, la question
du goût renvoya à
des pratiques sociales ouvertes
sur l'élégance et
la collection. Tant et si bien
que la question qui se pose à
titre principal est celle-ci :
comment l'Afrique dite moderne
et contemporaine, a-t-elle pu
troquer cette culture active et
brillante de l'objet pour la culture
de bois morts du musée
? » (2007 :1)
Ne
pas tomber dans le piège
des exotismes folkloriques ethniques
demeure un véritable pari.
Le stéréotype de
l’Africaine vêtue
des couleurs bigarrées
fait recette. Rester dans le conservatisme
des rôles féminins
sans remettre en question un ordre
social inégalitaire entre
les sexes est une menace constante.
Dans la mesure où le musée
colonial a été un
regard du colonisateur sur des
sociétés colonisées
que les indépendances n’ont
pas forcément changé,
comment ne pas continuer perpétuer
ce regard de l’Autre (étranger)
sur soi et créer son propre
regard sur soi-même ? Comment
échapper à «
la persistance d'un discours ethnosociologique
qui nie à l'objet tout
droit à la métamorphose
[et] est l'un des facteurs qui
bloquent les mécanismes
de mise en scène hésitant
entre esthétique et ethnographie
?» (Konaté, 2007
:16). Comme outil de propagation
de la culture, le musée,
rappelle Jacques Adandé
est d’abord perçu
comme "une chose du Blanc"
(2007 :50). Il reste « en
dehors du champ d’intérêt
des populations au nom desquelles
les professionnels construisent
parfois comme des morceaux de
bravoure et d’engagement
militant des collections qui ne
manquent pas d’intérêt
» (Konaté 2006 :
17). Face à la question
des femmes telle qu’elle
se pose dans le monde contemporain,
ces populations ne sont pas toujours
prêtes à assumer
leurs aspirations à plus
de droits humains. Nombre de conservatismes
se font jour quand ils ne se perpétuent
pas et renforcent les multiples
inégalités entre
les sexes, des plus sournoises
aux plus flagrantes, souvent au
nom du respect des valeurs culturelles.
De quelles cultures parle t’on
? Il est essentiel de les décrire
et de les réinterpréter
de manière critique pour
leur donner du sens dans ce monde
contemporain. Suite
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